La première eucharistie

Lorsqu’on veut célébrer l’eucharistie en milieu urbain, soit on vole un pain, soit on l’enfourne soi-même. Inutile de compter sur quiconque pour nous le donner, même les églises sont privatisées. Cherche-t-on un sourire? On préfère nous aviser de sa gratuité. Juste au cas. Ah! mais le baptême, lui, est sans prix. Me voici immortel et immortalisé en première page d’Écho-peuple. Joie. N’empêche : le vedettariat creuse l’appétit, alors je détourne mon regard du curé de verre et m’engouffre dans la multitude jusqu’au comptoir sandwich.

– Non, pas de pain plat, me dit le commis

– Sec alors?

– Tout est frais, aujourd’hui, précise-t-il.

Tant pis je me contenterai d’une baguette, brie jambon, s’il vous plait. Je vous offre la paix. Le gant de latex poudreux en indice de superficialité. Propre, à tout le moins. Je détestais qu’on me mette le pain sur la langue de toute façon, pour la connotation sexuelle désagréable. Jamais content.

Quant à la communauté, elle est en file derrière moi et s’impatiente. Je l’indispose, c’est l’évidence. Le restaurant n’est pas un lieu de rencontre, c’est un lieu de service. Ah! bon. Pardon? Dieux vous aime.

Je paie et vais m’asseoir, me recueille au comptoir devant la vitrine. Économie d’espace, mais j’ai un public. Non, non, je ne suis pas mort, je réfléchis! Foule stupéfaite, se disperse, mais une…

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