La première eucharistie (suite)

J’avais envie qu’un événement hors de l’ordinaire survienne, rapidement. La naissance ; garante de nouveauté. La beauté commandait pourtant que la suite des choses se présente à point, plus tard. Mais l’homme est un fauve affamé qui court derrière sa proie jusqu’à ce qu’il sente la chaude satisfaction rouge couler de sa bouche. Tant que les crocs de l’homme n’ont pas mordu, il erre à la recherche impatiente de son pain quotidien, de sa mie.

La foule se dispersait, mais une. Et son hésitation à se sauver trahissait toute sa volonté de se sentir exister. Elle se livrait, proie facile à mon coeur affamé, dans toute sa laideur impersonnelle. Fabulation, que tout ça, et pourtant… pourtant, je sentais déjà son coeur battre un peu trop fort et un peu trop près du mien. Son odeur douce et insistante me grisait. Sa chaleur moite me répugnait. Les yeux clos, le monde a vacillé. J’étais ivre et dans un spasme, l’omniprésence envahissante de la passante au regard trop attentif me fit vomir toute la bile que j’avais pu me faire, l’espace d’une vie.

Je n’avais pas encore mis la main sur mon sandwich, pas encore avalé une bouchée. Le monde n’avait pas encore de goût dans ma bouche, mais je savais que la bile serait le choix du chef pour quelques éternités encore…

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