Médias sociaux : accepter le dialogue

Des chroniqueurs en ont remis, récemment, dans l’interminable débat entourant les médias sociaux et l’expression citoyenne en regard de l’actualité, en questionnant la valeur des commentaires de lecteurs dans les sites des médias d’information.

Si Marie-Claude Ducas souligne par exemple les efforts du New York Times pour intégrer les sections commentaires à sa définition même du contenu, Patrick Lagacé voit plutôt d’un bon œil leur «abolition pure et simple». Selon lui, le public aurait désormais «l’embarras du choix pour s’exprimer [et] n’a plus besoin des médias.»

Il est intéressant de constater à nouveau que les acteurs du système médiatique traditionnel ont cette double tendance : d’une part, à dénigrer les médias sociaux – sous toutes leurs formes, incluant les commentaires de bas de pages – lorsque ceux-ci les démangent et, d’autre part, à surestimer leur portée lorsque cela leur permet de s’en laver les mains.

De la responsabilité des médias – tous

La vérité demeure que le Québécois moyen consacre 34 heures par semaine à sa télé, et ne sait pas lire un texte de 700 mots suffisamment bien pour en dégager le sens. Dans ce contexte, les médias traditionnels ont assurément encore leur place dans l’écosystème et, par surcroit, un incommensurable pouvoir sur l’opinion publique et le discours social.

Ils ont aussi, et surtout, encore une responsabilité d’éducation populaire. Il n’y a qu’au prix de s’acquitter convenablement de cette délicate tâche d’éducation qu’ils pourraient demeurer, ainsi que le souhaitent toujours certains journalistes, le quatrième pouvoir.

Or, qui dit éducation dit dialogue. Bien entendu, on peut, suivant la méthode de la petite école de rang de campagne, privilégier l’enseignement magistral où un «prof» parle fort pour être entendu jusque derrière la classe, par à peu près 12% de la population de moins de 13 ans qui n’est pas encore retournée sur la ferme.

Ou l’on peut privilégier une pédagogie plus moderne, fondée sur la compréhension de la manière dont l’humain apprend, et donc basée sur la constante rétroaction et, je le disais, le dialogue.

Car c’est bien de dialogue dont il est question ici, et pas d’expression. C’est pour être entendu que l’on s’exprime, pour donner lieu à un échange, et peut-être gagner l’occasion de convaincre son vis-à-vis… ou même de se laisser convaincre. Pas pour s’égosiller dans le vide. Ni d’ailleurs pour se défouler gratuitement.

Un exemple de dialogue médiatique

Voici deux ans que je collabore avec Marie-France Bazzo dans l’animation des médias sociaux de l’émission BazzoTV. Nous avons pris ce pari de l’écoute active et du dialogue, et très rarement avons-nous eu à nous plaindre de ce que les commentaires soient insignifiants ou agressifs.

Certes, nous rejoignons un public un peu plus niché et restreint que les bulletins de nouvelles, par exemple, et nous nous réjouissons de ce que les interventions dans nos réseaux soient de grande qualité. Mais c’est aussi grâce à l’attitude que l’animatrice et son équipe entretient, tant en ondes qu’en ligne.

Nous répondons aux questions des téléspectateurs et twiveurs, nous les relançons à propos de leurs affirmations péremptoires lorsqu’il y en a, et nous discutons entre nous de leurs interrogations ou de leur incompréhension de certains aspects des sujets discutés à l’émission, jusqu’à réinvestir ces questionnements dans des diffusions ultérieures.

À l’opposé de cela, la manière qu’on a, tant à la radio qu’à la télé, ou que dans les pages de certains quotidiens, de plaquer les commentaires de quidams en fin d’émission, sans y répondre, sans discuter, ce n’est que de la frime!

Revoir nos a priori

Si je partage l’opinion de Patrick Lagacé, c’est en ce que la façon qu’ont certains de se gargariser des commentaires insignifiants de gens qui n’ont pas véritablement réfléchi à ce qu’ils affirment est non seulement irritante, mais contre-productive. De conviction toute personnelle, j’irais jusqu’à dire que cela nuit grandement à la démocratie.

Et ce n’est d’ailleurs pas étranger à la prolifération des trolls, qui tirent profit du faux-semblant d’écoute pour saper complètement le dialogue. N’ont-ils pas raison de l’artifice?

Toutefois, que la supercherie soit identifiée – et ridiculisée – par certains ne justifie aucunement de reléguer nos concitoyens à leur propre page Facebook et à leur propre compte Twitter, sous prétexte qu’ils peuvent s’y exprimer tout à leur aise sans nous déranger. C’est proprement contraire à la volonté de ceux-ci d’entretenir le dialogue que j’ai tant vanté avec ceux qui font l’opinion publique.

«Parlez dans votre salon, et épargnez-nous votre ignorance!», ou «Jasons-en, qu’on essaie de s’entendre finalement sur quelque chose!» – lequel des deux est le plus susceptible d’améliorer les rapports sociaux? Lequel des deux est le plus susceptible de favoriser l’adhésion des générations montantes aux médias traditionnels?

Dialoguons.