Nowhere.

J’ai pris le transport en commun pour partir sur un nowhere. C’est exactement là que je me suis retrouvé : nulle part. Rien, personne autour. Que moi, sur une plage en neige blanche, les poches vides. Le coeur pas beaucoup plus plein. Pas d’actif. Pas de passif non plus — enfin, je ne crois pas. Enfin, j’essaie de ne pas croire ça.

À mes pieds, le fleuve, qui à cet endroit ne s’agitait pas. À peine une démarcation entre la neige mouillée par les flots, et la neige sèche comme des flocons de plastique qui ne fondraient pas entre mes mains. Dans le froid, la démarcation entre l’humide et le sec se perd, disparaît. Je me rappelle cette idée qui m’est venue : il en va de même des sentiments. Entre l’humidité moite d’un corps chaud, d’un corps fiévreux d’amour comme de haine, et un corps asséché, un visage desséché par le temps où ne s’amoncelle plus dans ces mêmes rigoles que la poussière des tempêtes de sable que l’on affronte au quotidien, il n’y a pas de frontière. Il n’y a pas de date de péremption sur nos coeurs, on ne nous avertit pas qu’on aura été «meilleur avant» pour aimer, pour vivre.

Aux lèvres, que ces mots de Léveillé : « Après la vie t’as bouffé comme elle bouffe tout l’monde ». Impossible de déterminer après quoi. On sait que c’est après parce qu’on sait bien qu’avant, « dans l’temps », c’était autre chose. Nous savons cela, mais nous avons oublié comment ça s’est passé. Nous avons dans la bouche le goût du sable et les grains qui craquent sous nos dents, les yeux qui ruissellent à sec, le visage brun. Beige. On devient beiges. À force d’affronter des tempêtes qui n’en sont pas. Des tempêtes qui nous fouettent juste parce qu’on oublie de fermer les yeux, juste parce qu’on oublie de lâcher l’accélérateur pour douze, treize ou vingt-sept secondes.

Et puis on parle de torrents, de tornades, de tsunamis, d’avalanches. Tout s’écroule. Tout fout le camp. Ça m’a frappé. J’ai chaviré. Je capote. Nos petites fins du monde personnelles et quotidiennes nous assaillent, comme si nous avions véritablement fait le choix, un jour, de nous battre. Comme s’il était toujours nécessaire de nous déchirer à coup de d’hyperboles, à coup de violences lexicales. Comme si tous les matins devant le computer nous croisions l’épée, et pas seulement nos jambes.

J’ai pris le transport en commun pour partir sur un nowhere. C’est exactement là que je me suis retrouvé : nulle part. Je ne peux pas dire si j’y étais bien ou mal, mais je sais que derrière moi la neige qui tombait recouvrait mes pas, effaçait, déjà, la distance que j’avais parcouru.

Une réflexion sur « Nowhere. »

  1. Il faut savoir s'exprimer quand on vient sur un blog, mais moi je suis sans mot. J'aimerais avoir le bouton J'aime pour cliquer dessus.

    J'aime beaucoup en fait, à plus le cousin xxx

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