Tout l’occident…

Au XXIe siècle, l’occident a fait le pari de se gouverner et de re régir grâce à une loi naturelle et strictement animale. Le désir de reproduction de l’homme allait devenir le Graal de la modernité : désormais, plus que le phénomène lui-même de procréation, ce devrait être l’idée de la procréation qui discriminerait riches et pauvres, populaires et impopulaires, dominés et dominants.

Qui a un sex appeal grandiose obtiendra carrière grandiose, richesse, et popularité. Désormais, le potentiel de reproductivité distingue physiquement ceux qui réussissent de ceux qui échouent. Cela a avoir avec la beauté physique (évaluable selon des critères sans cesse remodelés et toujours plus sévères), avec la personnalité (la plus légère et la plus accessible étant la plus prometteuse de jouissance physique), ainsi qu’avec la conformité sociale de l’esprit, proposant que quiconque est peu critique risque moins de vous critiquer. Quoique…

En effet, on n’a de cesse de considérer la femme fatale inaccessible, belle et distinguée mais toujours réservée de prime abord. Ce qu’il y a de merveilleux dans l’american dream, c’est que même le dernier des nullards, s’il éveille ses profondes pulsions, deviendra grand tombeur et accèdera aux plaisirs «interdits» avec ladite femme de ses rêves.

De son côté, l’homme de rêve est probablement beau et grand, fier, mais dans son regard, ce « petit quelque chose » mystérieux lui confère la supériorité intellectuelle sur son espèce, dont la potentielle partenaire n’a toutefois rien à faire.

Dans un cas comme dans l’autre, cette projection d’inaccessibilité n’est généralement qu’un superficiel maquillage qui s’estompe dès que l’approche du sexe opposé est assez convaincue. Dans les faits, le bluff est roi.

Dans les faits, les gens en ont marre. D’un point de vue extérieur, c’est-à-dire lorsqu’ils ne sont pas en situation de drague, hommes et femmes disent être las de cette façon de faire, de cette façon d’être, dont les publicitaires et les magnats de la presse-rapide nous bombardent. Dans les faits, le paradigme est réel mais pas moins interchangeable. (Il faudrait à ce sujet exposer les réflexions de Sartre et de Heideger sur le réel…)

La prémisse de base de notre société de consommation est que pour permettre à l’économie de « rouler » (ou pour nous rouler, c’est selon), on doit réduire l’humain à sa plus simple expression, animale, qui lui commande la survie de son espèce. Exit le reste. C’est, ont identifié les psychochosificateurs et autres réflexionneux de la bêtise humaine, en se fiant à cette nécessité corporelle que l’on peut en venir à dominer les masses. Car ainsi regroupés en une société de travailleurs, les individus sont fourvoyés par leur propre inconscience. D’abord occupés à travailler pour gagner leur pain puis leur grille-pain, puis leur boîte à pain puis leur comptoir pour poser la boîte à pain, puis leur cuisine rénovée avec armoires de bois verni au lieu de stratifié pour entourer le comptoir puis leur maison luxueuse pour bien asseoir cette cuisine digne du chef en vous puis leur aménagement paysager afin que cette maison de rêve trouve refuge dans une ambiance mi-campagne, mi-ville… (enfin vous comprenez) La poursuite de cette conquête commerciale des masses ne peut plus passer que par la confusion.

Ainsi, on balance au potentiel consommateur l’idée, vendue avec le corps. La confusion est assurée : l’idée pénètre l’esprit, le corps l’y fait coller. On se sert de l’esprit, de la pensée humaine, pour lui faire croire que son existence n’est que procréation.

En vérité, on ne vend pas le corps. On continue de vendre l’idée, mais celle-ci est désormais « justifiée » par une pulsion naissante. On fait entrer le corps dans l’esprit, confondant du coup l’individu. Il participera à la masse en voyant le corps, en l’intellectualisant puis en justifiant socialement son geste par la réflexion, pourtant erronée, qu’il a eue.

Je n’élabore rien de nouveau, direz-vous. Pourtant, si. D’abord un exemple, ensuite un dénouement.

Je suis au coin de la rue, j’ai faim. Je vois deux arches jaunes. « C’est ça que j’M ». Faux. Pourtant, j’ai faim et McDonalds est là. J’entre. Pub géante. Deux hamburgers, deux dollars. Wâw. Quel beau sandwich. Je sais que celui que je vais manger sera beaucoup plus laid et goûtera étrangement différent de ce que j’imagine. Intellectualisons. J’ai faim, ce hamburger est tout à fait convenable. En fait j’en aurai deux. Ça n’est vraiment pas cher. Bon. Voulez-vous la frite, me demande la fille. Distrait par ses beaux yeux. Ouais. Le coke? Ouais. Chausson aux pommes? ouais. ouais ouais. Qu’est-ce que je veux vraiment? Basic instinct.

Je veux du plaisir. Depuis des millénaires, je — humain — veux me reproduire. Promesse de fantaisie, la coquette jeune fille me propose tout plein de trucs dont je ne veux pas mais j’ai déjà fait mon intellectualisation de la journée. Tant pis. Je prends tout. Et votre numéro de téléphone, mademoiselle?

JAMAIS la « peseuse de pitons » de chez McDo ne m’aurait demandé si j’avais faim pour un chausson. C’eut été trop rationel. VEUX-TU?. Oui je te veux. Tout ce que tu veux.

Voici ce que je propose. Qu’on change de paradigme. Qu’on s’adresse à l’intelligence de l’humain. Véritablement. La base de l’humain est-elle vraiment la « sélection naturelle »? Si l’humain est doté de la capacité de penser, c’est donc que, peut-être, la prémisse de base de l’humanité n’est PAS la sexualité. Celle-ci n’est possiblement qu’un moyen de subsistance qui aurait malheureusement pris une trop grande place, fruit des autres bassesses du genre humain, notons au passage: la paresse.

En publicité comme en mass-média, voire en politique, on s’est jusqu’ici intéressé au plus petit dénominateur commun de l’humain en tant qu’espèce : le sexe. Jamais en tant que rassemblement d’esprit. L’esprit humain a forcément un plus petit dénominateur commun, qu’on a jusqu’ici confondu avec celui du corps animal qui le soutient. La publicité peut avoir autant de force si on s’intéresse à ce qu’il y a de plus profondément ancré en nous, à savoir, la … le …

Qu’on le questionne, qu’on l’y force. La bouffe de chez McDo peut rester sensiblement la même. Mais pourquoi ne pas demander au client de réfléchir, vraiment, à ce qu’il a faim pour manger?

Pourquoi? Parce que ça n’est pas payant, à court terme. Parce que ça n’est pas payant, pour la chaîne. Alors quoi? Le mouvement doit venir des masses elles-mêmes, mais risque fort peu de se faire. ALORS QUOI?

Laissez-moi plancher là-dessus. Je vous reviens.

Une réflexion sur « Tout l’occident… »

  1. J’avais justement faim pour un texte comme celui-ci.
    Mais j’ai encore un p’tit creux, vivement la suite!

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