Un matin où la cloche n’a pas sonné

J’avais pris l’habitude en ces jours de me réveiller un peu avant le soleil. Je me rendais aux matines, suspendu par un lacet qui s’était trouvé dans ma main aux hasards d’une randonnée. Alors qu’il n’était, le jour où je l’avais adopté, qu’un petit lacet de soulier, il avait grandi pour devenir une longue corde solide, qui permettait de sonner une cloche.

Les débuts de journée s’étaient crystalisés en une routine simple. J’ouvrais les yeux et je glissais le long de la corde, en freinant brusquement à distance égale, sonnant ainsi la cloche qui se trouvait à l’une des extrémités. Mes collègues, amis, répondant au vacarme religieux et fidèles comme le chien de Pavlov, venaient avec moi s’abreuver au premier office.

* * *

Vint une longue nuit d’insomnie, puis un matin, où je ne savais plus… Tout s’entremêlait, et l’heure du lever ne vint jamais, ou trop vite, même encore, je ne sais plus.

Le soleil brillait, mais il faisait très froid. Quelques flocons dans les ouvertures du clocher. Je me suis passé la tête dans l’une d’elle. Une bourrasque de vent m’a glacé les tempes. Le regard fiévreux sur le jardin… Je ne vis pourtant plus rien que des flocons, entassés, sur un chantier, une mine à ciel ouvert. Le centre du jardin était une cicatrice. Une plaie, béante, au milieu de cathédrales qui s’élevaient. On ne distinguait plus le niveau du sol. Il n’existait plus. On ne distinguait, par ailleurs, personne, dans le jardin.

Le lacet, la très longue corde qui devait sonner la cloche n’était plus en poste. Plus précisément,il ne restait plus que le noeud, fixé bien solidement à la cloche. La corde s’était rompue quelques centimètres plus loin. je descendis par l’escalier de pierre.

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