Exi_. 6

Sur la page de l’exil, j’ai eu un accroc, une maille tirée à vue, ordre de reconnaître mes mots, mes morts. Entre l’exil et l’exit, une barre sur un t, de celles qui nous ont manqué. Un pont. Une couture. Overlock. Du point.

Je fais des étoiles avec tes yeux
Tu fais de la lumière avec mon ventre

Je me méfie de la zone
Bien installé dans le réel

[…]

On s’est enfuis ici
En exil
Dans une crèche au milieu du blanc

D’un mur à repeindre, plus pâle je crois. Je n’ai pas compris. Le blanc n’émeut pas, il lave. À quoi bon sentir plus propre? J’ai pas souhaité la saleté, mais les motifs sont sournois. J’ai pensé faire du tie dye avec nos vies, recueillir du sable d’Anticosti pour nous teindre des jours, aussi.

Pour nous teindre du rose des flamands stéréo, pis d’autres têtes de radio. Je sais plus. Tout était coquet, propret. Gentil. Du coton d’hôpital pour étendre la chair atrophiée, la vie qui s’émeut de ses tumeurs. La lessiveuse a tourné. La vie a tourné, sur le ton trop rouge du siège.

Les mots sans venin, les regards édentés, qui ne mordent qu’une fois réunis. Plonger, plonger toujours plus creux, sous un soleil de tungstène, goûter l’amnésie, peut-être?

Regarde la vie
Par la grande bay window
Y’a des oiseaux qui se soûlent la yeule juste en planant

Toi y’a rien qui te soûle. Ni la torpeur. Ni la démence. Frapper, peut-être. Frapper dru, la chair en élan, consciente de la mort que tu portes. Au poing. Cette énergie du mal désincarné qui challenge tout, celle que je ne comprends pas; une crainte. Un regard. Tu perces, tu éclates, tu t’opaques, te sombres. Tu es un vecteur, une flèche pointée, une radiation. Dehors, tu subjugues tout.

Réfléchir? Tu ne fais que ça. Une étoile dans un bas de laine.

Un miroir aux alléluias.

Fourbes, les bonheurs s’y détournent, s’en revont souriants, sur le chemin des églises, gothiques et art déco, du joli pour ne plus rien dire, des menthes deux couleurs de restaurant cheap suspendues au bout du comptoir où s’accumulent, pour boire, les années dans le styrofoam mordillé.

J’étais pas venu pour un caramel.

Au-dehors comme au-dedans
Mon âme respire
Enfin

Les doigts collés, entortillés, pourtant toujours sur le pas de la porte. Toujours sur le pas de la porte. J’étais pas venu pour toi. Ni pour moi. Ni pour d’autres.

Venu en exil.

Reparti en exit. Une douleur de plus sous le bras gauche…

 

Le poids d’une étoile dans le bas droit.

 

 

 

Wanna quit? C’est déjà.

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Et les mots de Robin Aubert, Entre la ville et l’écorce (L’Oie de Cravan, 2011.)

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